BIG DATA : Qui connait la quatrième licorne après Uber, Xiaomi (smartphones-Cn) et Airbnb ?

Profil bas

L’histoire de Palantir, quatrième licorne (start-up dont la valorisation a atteint 1 md$) après Uber, Xiaomi (smartphones-Cn) et Airbnb est un mythe post moderne à  l’heure du big data. La société est née en 2004 mais on n’en avait jamais vraiment entendu parler jusqu’au 23 décembre 2015 alors qu’elle déclara à la SEC avoir levé 880 millions de dollars auprès d’ investisseurs indéfinis… Elle était alors valorisée 20 milliards de dollars, une valeur qui avait doublé en 18 mois pour un milliard de dollars de contrats en 2014 selon Bloomberg. Il a bien fallu raconter quelque chose…

Où l’on découvre du jour au lendemain une Licorne à 20 milliards de dollars

Pour les uns l’histoire commence avec la fraude chez Paypal. Certains disent que Paypal risquait de mourir à cause de la fraude massive à couvrir par ses assurances. Que face  à ce risque l’idée fut de mélanger la surveillance logique et in fine physique en ne laissant pas aux seuls algorithmes la seule possibilité de décider des cas les plus litigieux. Et que Paypal aurait survécu grâce à cet éclair de génie.

D’autres disent que la société naît dans la foulée du 11 septembre 2001 suite au failles du renseignement d’Etat US et à sa sous traitance privatisée par des centaines de sociétés en concurrence pour l’info critique. Il s’agissait comme dans le cadre du scoring du marketing prédictif de détecter des comportements à risque à partir de KPI’s et d’algorithmes de stats’.

D’autres encore disent que Palantir était la seule société capable de cruncher toutes les infos de cette myriade de sociétés… que ses infos ont servi à localiser Ben Laden.

En fait les trois histoires sont sans doute un peu vraies… Comme disait ma grand-mère, qui travaillait « pour le 2ème bureau » comme elle disait, à Bastia en 1942 : « quand tu mens ne t’éloigne jamais trop de la vérité! « . La vraie question est plutôt que seul Palantir communique sur Palantir. Donc on attend le film…

Les faits maintenant : Il est vrai que Peter Thiel, cofondateur de Paypal est aussi avec son ami Alex Karp l’un des créateurs de Palantir. Il est vrai que la CIA a investi 5 milliards de dollars dans la firme en 2005, que Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat de George Bush, et George Tenet, ancien directeur de la CIA ont été ses conseillers . Il est vrai que la transversalisation des données dans le monde des agences (une opération apparemment inconnue en Europe) peut aussi servir dans d’autres organismes cloisonnés comme les banques (JP Morgan au départ) ou les services des pays de Union européenne. Il est vrai que Palantir travaille pour l’administration US sur fonds publics, en JV avec le Crédit Suisse depuis le mois dernier pour lutter contre les rogue traders… Why not ?

Forcément dans le monde de brute qu’est le DarkNet, du complotisme de masse des médias soi-disant « sociaux » exploités par l’extrême droite et le djihad mondial d’accord sur le même constat : « On nous cache tout, on vous ment! » mais pas sur la solution !  à l’heure des wikileaks et autres « panama papers »… les « Palantiriens » on décidé depuis quelques mois de communiquer pour montrer qu’ils étaient des good cops de la cyberprévention… une mise en lumière très récente et forcément limitée ! Le propre du secret c’est d’être secret et celui de l’Intelligence… de ne pas surveiller que les ânes !

Big data, cartes perforées et autres questions poisseuses

Il y a derrière tout cela de vrais questions éthiques et la zone grise n’est jamais très loin. La morale individualiste libertarienne des hackers et l’activisme individuel peuvent-ils tenir lieu d’éthique quand les Etats sont impuissants face à des réseaux globalisés ?

Depuis la Shoah on est forcément très réticent en Europe, et à juste titre, à établir des listes de noms. Le développement des machines à carte perforées permettant de recenser des populations immenses qui servaient au départ à gérer les données des banques et de compagnies de chemins de fer aux US… ont été détournées par les nazis pour établir rapidement des statistiques de masse de populations pendant la seconde guerre mondiale (l’ancêtre du big data) … Depuis Edwin Black, cette histoire a déjà fait couler beaucoup d’encre.

La société allemande Dehomag rachetée par la CTR (devenue IBM en 1924) et son patron Thomas J. Watson  en 1922, via demi-million d’enquêteurs et seulement en quelques semaines recenser toute l’Allemagne. Le résultat est gravé sur des cartes de 60 colonnes qui seront perforées au rythme de 450 000 par jour. Pour les nazis, la colonne 22, case 3, présente un intérêt particulier: elle désigne les juifs. « Dans le code Hollerith, Auschwitz porte le numéro 001, Buchenwald, 002, Dachau, 003. Sur les cartes perforées, les prisonniers sont rangés en 16 catégories: prisonnier politique, chercheur biblique, homosexuel, communiste espagnol, juif, asocial, multirécidiviste, tsigane, prisonnier destiné à une exécution discrète, etc.. ». Grâce à ce dispositif les trains étaient à l’heure, les ghettos recensés (lire ici et ici)…

En rentrant au Mémorial de l’Holocauste à Washington on trouve une de ces drôles de machine qui « optimisa » la solution finale :

hollerith

Il y a donc de vrais risques totalitaires et le contrôle total des données est un rêve aussi vieux que le monde. Mais il faut aussi dire que ce rêve de dictateurs privé rejoint aussi le totalitarisme bureaucrate de fonctionnaires gris et de commissions obscures, qui trouvent dans des listes à cocher une forme d’expression obsessionnelle d’un pouvoir auquel aucun dictateur n’avait même osé rêver…

Le problème du village global ce sont les idiots du village global et on est bien obligé d’au moins inscrire leur téléphones sur des post-it ! La fragmentation de la data protège sans doute les entreprises et la démocratie mais à l’heure des réseaux globalisés en tous genres les meilleurs gardiens de la technologie et de l’humanité sont sans doute les hommes eux-même. Et la techno a AUSSI servi a casser le code secret nazi… allez donc voir Imitation Game.

Bien évidement un assureur préfère signer un contrat avec un type qui possède une montre GPS connectée démontrant qu’il fait ses 10 000 pas par jour, ou une voiture dont on peut mesurer la vitesse à distance pour établir une facturette inversement proportionnelle à son niveau de risque… qu’avec un alcoolique anonyme assis sur son canapé dans une banlieue perdue de la République.

On a la littérature qu’on mérite… Il y a une semaine, devant un conseil de direction, téméraire je déclarais à bout d’argument:  Vous devez  » être Chateaubriand ou rien » et alors que je me mordais la langue en me disant que j’avais oublié l’auteur de la citation, le PDG a glissé « Victor Hugo ». On a les références qu’on mérite, un palantir dans  le Seigneur des anneaux, c’est  une boule de cristal sombre pour prédire l’avenir, un truc de white hat quoi, de « hackers éthiques » !  Est-ce que les valeurs de Palantir sont aussi celles de l’heroic fantasy ? Des genres de chevaliers de la Firme ? Bon on verra bien dans le film…

Et en France pendant ce temps là…

La data n’a jamais été loin de l’information, l’information de la stratégie et la stratégie est l’art de la guerre. Identifier et comprendre les tendances à bas bruit, améliorer la prise de décision,  prévoir, réduire le risque en analysant les données de comportement… est devenu critique. Depuis longtemps la data est vitale au niveau tactique : planifier, ajuster les ressources, optimiser de la gestion des volumes, piloter la livraison de contenus ou de services, réagir aux aléas, prévoir … la question des data humaines est que les gens ne sont pas des choses. Depuis Kant autrui est une fin et non pas un moyen.

Il est absolument clair que la force des GAFAS’s est actuellement de partir des clients et de leurs usage et de collecter des quantités de données comportementales phénoménales, de manière exponentielle et à un niveau que l’humanité n’a jamais connu jusqu’alors. Et ce dans tous les domaines : transports, aérien, financières, transactions, santé, réseaux de personnes, informations personnelles… mais aussi : référentiels de pièces véhicule, pièces détachées automobile, pneu… jusque là les Etats étaient en position de représenter l’intérêt général et de protéger ces données « stratégiques ». Ce sont les Etats qui ont encore récemment sauvé les systèmes bancaires de la faillite et non l’inverse. Depuis la Renaissance les Etats gagnent toujours. C’est Jacob Fugger qui dépendait de Charles Quint et non l’inverse… Les données, et l’open data le montre, peuvent-elles être la seule propriété d’acteur privés ?  Quid demain face à des acteurs globaux ? Qui seront les good cops de la globalisation des données ? alors que l’uberisation du monde ne fait que commencer…

Une question à 20 milliard de dollars se pose quand même en France, la patrie de Victor Hugo, des Droits de l’homme, de l’X et du théorème de Pierre de Fermat (1601-1665) cher aux cryptologues du monde entier, … Comment les grands groupes, les Etats, vont-il se protéger de la désintermédiation des données clients initiée par les nouveaux acteurs ? et enfin… il est courant d’entendre « Nos écoles produisent les meilleurs ingénieurs et scientifiques du monde »… Mais où sont les sociétés de big data globales, d’analytique et de SecOps ? Où est le Palantir Européen ?

Forcément, on n’en entend pas (encore) parler…  Mais là j’en ai déjà trop dit 🙂

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s