Ada Lovelace, comment le ‘machine computing’​ est né d’une « liaison mathématique »​… en 1840.

Ada Lovelace, la fille de Lord Byron, a réalisé le premier programme informatique et a écrit le premier algorithme connu, c’est à dire une ligne mathématique capable de donner un ordre à une machine, la machine analytique de Charles Babbage.

Ada Lovelace est la première programmeuse de l’histoire. Elle est une sorte d’Eve du jardin d’Eden de la programmation. Sa vie est plus qu’un mythe originaire. C’est véritable conte romantique sentimental et tragique.

Le langage Ada, un langage de programmation orienté objet écrit par CII-Honeywell Bull (Jean Ichbiah) pour le département de la Défense US (DoD) a été nommé ainsi en son honneur.

Ceux qui pensent que la programmation est réservée au nerds, c’est-à-dire à des hommes, de la génération Y, plutôt adolescents et en rupture de relations sociales, sans connaissance scientifique précise, et sortis de « funky schools » pour développer une sorte de science des imbéciles, un savoir alternatif pour les nuls d’une sub-culture qu’on appellerait l’informatique… devraient lire la vie d’Ada Lovelace inconnue en France et égérie du féminisme geek dans le monde anglo-saxon.

Ada, Lord Byron et les hommes

Ada naît en 1815. Elle n’est autre que la fille unique du poète dandy Anglais Lord Byron et d’une mathématicienne mondaine Annabella Milbanke, une folle de mathématiques, Byron la surnomme « La Princesse des Parallélogrammes »… Il quitte Annabella Milbanke et le Royaume Unis après un an de mariage, cinq semaines après la naissance d’Ada, pour ne plus jamais les revoir.

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La fille de lord Byron grand orateur à la Chambre des lords mais surtout poète à ses heures perdues du type « five peacocks on the grand staircase » (cinq paons dans un grand escalier), le plus grand romantique anglais, un « bad boy » vivant en Italie, écrivant une grammaire arménienne… sera marquée toute sa vie par ce père absent qui gardera une image d’elle sur son bureau et la mentionnera dans sa poésie… Ada va passer sa vie à chercher cet homme, à cœur perdu.

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A sept ans en 1922

Sa mère, est terrorisée par l’idée que sa fille finisse comme sa tête brûlée de père… elle décide de prendre sérieusement son éducation en main et comme le veut l’époque, la confie à des précepteurs. On se rappelle que la noblesse française apprenait la danse, la musique et l’équitation, les trois bases pour une éducation équilibrée : maîtriser son corps, ses sens et l’animal en soi par la discipline. Madame la Baronne Milbanke-Byron découpe la journée de la jeune Ada selon trois disciplines :  trois heures de musique, trois heures de mathématiques et deux leçons de français (la langue de la diplomatie à l’époque).

Ada a 8 ans quand meurt lord Byron à l’âge de 36 ans au fait de sa gloire suivi par un parfum de scandale, éternel amoureux des femmes -dont sa demi-sœur, de la Grèce, de l’Italie, des hommes…

Ada poursuit son éducation de fer, sans père. A 11 ans on l’envoie faire le tour de l’Europe. Elle en revient avec des rêves : à douze ans, elle se passionne pour les oiseaux et construit des ailes de papier, en soie, en fil et en plumes. Elle imagine des oiseaux mus par des machines à vapeur et écrit son premier traité d’aérodynamisme : « flyology »!

Passionnée de mathématiques, découvrant les hommes, elle s’amourache de son précepteur, tente une fuite romanesque avec lui, sa mère la ramène au bercail.

The Thinking Machine

A 17 ans on l’amène à Londres. Le 5 juin 1833 elle est invitée par Charles Babbage -41 ans, l’un des plus brillants mathématiciens et inventeur de son époque. L’adolescente est fascinée par ce nouveau mentor. Cet homme qui déclare :

« le moteur de l’invention n’est pas le raisonnement, mais l’imagination »

Le cœur de père de cet homme dont le plus grand fils a l’âge d’Ada est probablement touché par l’orpheline de père, brillante, qui attire son attention. Charles Babbage l’invite avec sa mère à revenir voir une démonstration d’une de ses inventions composée de 2 000 pièces de laiton… que sa mère appellera : « the thinking engine » et qui résout des équations du second et troisième degré et des racines carrées !

Pascal avait bien-sur déjà inventé un calculateur mécanique dès 1642 mais à l’époque de Babbage ces machines étaient devenues de simples objets de cabinet de curiosités. Babbage, lui, invente un calculateur différentiel.

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Le moulin de Charles Babbage en 1834

La Révélation mathématique

A 20 ans, en 1835, Lady Ada Byron King de Lovelace doit se marier. On lui fait fréquenter la haute société britannique. Elle y rencontre le Dr William King, médecin philanthrope aux origines du mouvement coopératif à qui elle demande d’être son mentor ; épouse William King, 1er comte de Lovelace élevé à Eton et Cambridge qui la pousse dans sa passion des mathématiques et à qui elle donne 3 enfants en 4 ans…

En 1841 elle écrit à sa mère :

« Je crois que je possède une singulière combinaison de qualités, qui semblent précisément ajustées pour me prédisposer à devenir une exploratrice des réalités cachées de la Nature »

Elle est bien décidée à poursuivre sa relation « mathématique » avec Charles Babbage dès cet intermède maternel terminé.

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Mais elle est chétive, les médecins lui disent que réfléchir la fatigue : Si vous êtes malade c’est parce que vous résolvez des équations différentielles ! Une femme n’est pas faite pour faire des maths (air connu !) ! etc… alors qu’elle est mère de quatre enfants, maîtresse de maison… peu importe, elle reprend les mathématiques.

Grande consommatrice de paternités de substitution Ada écrit à Babbage qu’elle a « besoin d’un professeur » un mentor qui saura comprendre sa « façon d’apprendre » et de progresser pour guider ses travaux. Elle veut lui proposer ses services en mathématiques pour perfectionner sa machine différentielle.

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Mais Babbage la trouve un peu trop souvent malade, « créative et enthousiaste » mais sans doute beaucoup moins que ne le pensent ceux qu’elle séduit, d’une « énergie inépuisable et insatiable » mais qui lui fait un peu peur… Elle lui écrit : « Je me sais capable de poursuivre mes recherches, pour lesquelles j’ai plus que du goût, de la passion »… prudent, il la renvoie au logicien Auguste de Morgan, fondateur avec Boole de la logique moderne, l’inventeur des lois de De Morgan. Encore un homme parfaitement atypique.

Elle continue donc ses recherches en solo avec la volonté de fer que lui a donné son éducation et qui caractérise toute sa vie.

La « liaison mathématique » et la note G

En 1942 elle traduit en français un mémoire de Babbage sur le calcul différentiel pour le Scientific Memoirs. Babbage malade découvre étonné la traduction et lui propose de développer des notes. Commence une correspondance scientifique frénétique et passionnée. Une sorte de « liaison mathématique » en tout bien tout honneur.

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Lettre de formules d’Ada Lovelace à Charles Babbage

Est-elle seulement une sorte de muse, jusqu’où lui a-t-il fourni les formules mathématiques ? en tous cas il la reconnait comme l’une de ses pairs et le bébé est né : une des notes (la note G !) écrite par Ada est le premier algorithme très détaillé pour calculer les nombres de Bernoulli avec la machine, le premier programme informatique de l’histoire universelle.

Elle y écrit :

“The Analytical Engine has no pretensions whatever to originate anything. It can do whatever we know how to order it to perform…. Its province is to assist us in making available what we are already acquainted with.”

Elle ajoute :

“in devising for mathematical truths a new form in which to record and throw themselves out for actual use, views are likely to be induced, which should again react on the more theoretical phase of the subject”

En d’autres termes, la représentation des vérités mathématiques sous une forme calculable est susceptible d’aider à mieux comprendre ces vérités elles-mêmes.

Ce qui est le fondement de ce que nous appelons aujourd’hui le big data.

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« Programme » de calcul des nombres de Bernoulli dans la note G d’Ada Lovelace (1843).

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La machine analytique de Charles Babbage en 1871

Quand la fin rejoint le début de l’histoire…

Ada n’échappera pas à son destin. Elle veut subventionner la machine de Babbage et va trouver une idée : utiliser son super calculateur… pour jouer aux courses, au Derby d’Epson. L’affaire foira lamentablement et elle fut ruinée.

Elle meurt à 36 ans, l’âge de la mort de Lord Byron. Conformément à ses dernières volontés, on l’enterre le 27 novembre 1852 à côté de lui, en l’église Sainte Marie Magdalene de Hucknall, à Newstead Abbey, dans le comté de Nottingham.

Babbage vivra 18 années de plus qu’elle. Il se remettra aux mathématiques et à sa machine mathématique en 1856 mais sans réel nouveau progrès.

Savez-vous, quel est le point commun entre César, Cléopâtre, Ramsès II, Louis XIV, Molière, Napoléon, Balzac, Proust, Rimbaud, Washington, Marx, Lénine, Staline, Hitler, Roosevelt Gandi, Ben Gourion, Nasser, Camus, Mère Térésa ou Barack Obama… ? Ils étaient tous orphelins de père de mère ou les deux. Comme Jeff Bezos ou Steeve Job. Il arrive qu’un souvenir orphelin poursuive un être toute une vie qui devient le moteur de son existence. Que sa capacité d’idéaliser l’amour parental dysfonctionnel ou absent le pousse au-delà des limites des autres êtres humains enfermés dans leur conditionnement « équilibré » originaire. C’est probablement ce qui arriva a Ada Lovelace.

Il ne fait pas de doute qu’elle dépendit beaucoup d’une mère manipulatrice et destructrice dont elle réalisé les rêves.

Quoi qu’il en soit Ada Lovelace aura su faire de son histoire compliquée le début d’une science qui a ouvert l’Age digital.

Aujourd’hui n’importe quel ordinateur est un calculateur de Turing (un autre grand misfit !) et tout cela ne nous étonne plus. Les mathématiques et l’informatique se sont rejoint. La vie mouvementée d’Ada Lovelace nous rappelle que l’aventure de la civilisation numérique que nous croyons parfaitement mathématique, rationnelle est froide est aussi celle des passions humaines et une quête sans répit de l’amour humain, au fond. C’est rassurant.

PS : un article assez détaillé ici pour ceux qui désirent en savoir plus avec les formules mathématiques

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